Arrosoirs & sécateurs

La haie brise-vent

Conférence d’Alain Gouzien de l’Association Breizh Camellia. 14 septembre 2003
Un paysagiste anglais de renom qui a traversé le siècle dernier, disait, je cite : “De tous les adversaires du jardin, le vent est sans doute le pire, et un site venté pourrait bien être le défi le plus redoutable à relever. Dans un tel lieu, le premier objectif est de mettre en place un brise-vent”.
Ce qui revient à dire, qu’en Bretagne, nous sommes gâtés !
Vous trouverez partout les partisans du “taca-yaka” et autre “moi je”. Procéder ainsi conduit tout droit à arracher et à replanter... quelquefois un mur en panneaux de bois qui s’envoleront à la prochaine tempête ou se dégraderont en 6/7 ans, ou bien encore un autre de 2 mètres, en parpaings (quelle horreur !).
Soyons sérieux, on ne commande à la nature qu’en lui obéissant. Elle nous fournit un nombre impressionnant de plantes adaptées à la conception de haies brise-vent, issues du terroir ou provenant d’autres régions de France ou d’autres pays (grande prudence dans cas).
Il faut savoir qu’un mur, mais aussi une haie constituée de conifères à feuillage dense tels que le cyprès vert ou doré, faux cyprès (Cupressocyparis leylandi) et les thuyas, font des brise-vent qui ne protègent qu’une bande de quelques mètres derrière eux, au-delà le vent tourbillonne...
En revanche, une haie constituée de feuillus caducs est filtrante, freine le vent, l’épuise si bien que derrière elle on ne le sent plus et ce jusqu’à 10 fois sa hauteur ; en clair, une telle haie de 2 mètres de haut taillée en rideau protège 2 x 10 mètres = 20 mètres derrière elle.
Les persistants à feuillage peu dense, tels le fusain du Japon, l’Elaeagnus, le Phillyrea angustifolia, l’if, le laurier sauce, le Camellia sasanqua (mais oui !), le houx (ne faites pas la grimace) vert ou panaché, les cotoneasters (lactea et franchetii), le buis... constituent de bons brise-vent durables.


Bambous, viburnum tinus, olearia... et l’on peut profiter du salon de jardin à l’abri du vent et des regards indiscrets

Venons-en au fait, c’est-à-dire au choix et à l’implantation

La règle générale est qu’on peut planter à 50 cm de la limite séparative, sans excéder 2 mètres en hauteur. Si vous voulez laisser pousser à 3 mètres de hauteur vous devez planter à 3 mètres de la limite séparative ; 4 mètres verticalement = 4 mètres horizontalement, etc.
Dans les lotissements ou propriétés contiguës, n’excédant pas 1000 à 1500 m2, on bêche une bande d’un mètre en mitoyenneté, on implante un grillage à moutons ou à poules (légèrement enterré) sur piquets galva, et on plante de part et d’autre du grillage, lequel sera vite noyé dans la végétation. On est bien chez soi et chacun taillera de son côté. Une façon intelligente de voir les choses. Rarement réalisée !!!
Maintenant, oubliez tout ce que vous avez lu et, longtemps avant de vous rendre chez le pépiniériste, lisez et relisez les questions énumérées ci-dessous qui vous éviteront des regrets inutiles... puisque maintenant vous savez que les qualités premières d’un bon brise-vent sont : ses capacités de filtration, sa durée dans le temps (un siècle !) après les tailles répétées et donc sa rusticité, c’est-à-dire sa bonne tenue aux températures les plus basses enregistrées chez vous (–12° ?)

Il ou elle désigne la plante ou la haie

- Ai-je le droit de planter cette espèce ici ? (lotissement)
- Est-elle adaptée au site ?
- Est-ce que c’est rustique ?
- Peut-on en voir dans les environs ? Et quel âge a-t-elle ?
- Est-ce que ça pousse bien ici ?
- Est-ce que je veux être vu ou pas ? En été ? En hiver ?
- Est-ce que ça pousse vite ? Attention : qui pousse vite vieillit vite !
- Est-ce que c’est de taille facile ?
- Combien de taille(s) par an ? Très important, la maintenance...
- Dois-je utiliser le taille-haie ? Ou le sécateur ?
- Est-ce que c’est toxique ou dangereux (épines) ?
- Est-ce une plante vorace (qui épuise le sol) ?
- Jusqu’à quelle hauteur peut-elle pousser ?
- Reste-elle garnie jusqu’à la base ?
- Comment vieillit-elle ?
- Pousse-t-elle en tous terrains ? (humide, sec, sur talus)
- Pousse-t-elle à l’ombre, au soleil, les deux ?
- Est-elle sensible aux maladies ?
- Vais-je supporter sa couleur toute l’année ? (attention aux feuillages panachés de jaune, comme l’Elaeagnus ‘gilt edge’)
- Est-ce qu’elle reperce sur le vieux bois ?
- Fleurit-elle ? Quand ? Longtemps ?
- Est-elle odorante ?
etc. etc.
A partir de toutes ces questions, procédant par élimination ou par intérêt et tenant compte de vos critères de choix, vous pouvez rendre éligibles ou non la ou les plantes qui vous ont séduit.
Voici donc une liste, non exhaustive

Pour le bord de mer

persistants :
Eleaegnus ebbingei, Atriplex halimus (pourpier de mer), Evonymus japonica (le fusain vert), Pittosporum tobira et crassifolium, Phillyrea angustifolia, Rhamnus alaterna (le vert), Baccharis patagonica, Olearia wakariensis, Virgata et traversii, corokia, senecio. Ces plantes sont souvent à feuillage gris, coriace ou recouvert d’une pruine peu sensible au sel et au vent.

JPEG - 16.8 ko
Eleagnus
un excellent brise-vent persistant

caducs :
Elaeagnus angustifolia (olivier de Bohême /épineux, poussant), Hippophaë rhamnoïdes (argousier –et non arbousier ou arbre aux fraises), Salix caprea...

Pour la zone littorale non soumise aux embruns (à quelques km de la côte)


persistants :
Le fusain du Japon est une valeur sûre. Ne me dites pas qu’il pousse trop lentement : plantez-le à
80 cm/1 m d’écartement, tenez-le étroit en taillant les deux faces, pincez les extrémités régulièrement, il se ramifiera en 4/5 ans et durera un siècle et plus.

JPEG - 31.2 ko
Griselinia littoralis


Griselina littoralis (la verte) est une bonne plante, elle peut monter à 3/5 m, facile à tailler. La forme panachée tient jusqu’à –7°...

L’if (Taxus baccata) peut vivre un millénaire et plus, se taille une fois l’an, roi des topiaires, avec le buis, le seul conifère perçant sur le vieux bois.
J’aime beaucoup le houx (Ilex aquifolium) dioïque, et il faut donc mâle et femelle pour avoir les fruits (dans un lot de 10 plantes on trouve souvent les deux sexes). Jeune on le taille au sécateur pour le former, une main gantée tient le rameau qu’on jette dans un grand sac (15 m dans l’heure, cool !).
J’affectionne le laurier-sauce, un dur à cuire, rarement malade, ce qui n’est pas le cas de ses frères palme, du Portugal et tin. Dioïque, il fleurit jaune en fin d’hiver et reperce que le vieux bois.
J’utilise le buis et ses nombreuses variétés : ‘sempervirens’ et ‘handsworthensis’ (grandes feuilles épaisses) conviennent pour une haie haute. Attention : il n’aime pas les sols très acides et c’est un vorace. Hors de prix en formes taillées, faciles à réaliser. Bouturage enfantin, démarrage lent.
Je rêve d’une dizaine de mètres de Cotoneasters lacteus avec leurs grappes de fruits en automne/hiver. On plante au pied d’un bambou tuteur de 2 mètres (hors sol), on palisse une seule flèche jusqu’en haut, on laisse les rameaux latéraux. “Haie fruitière” pleureuse de toute beauté
en 4/5 ans.

JPEG - 15.6 ko
Osmanthus burkwoodii

Osmanthus burkwoodii fleurit blanc, odorant, au printemps ; Osmanthus heterophyllus , également blanc, odorant, à l’automne.
Placé très haut dans mon estime, l’ Abelia grandiflora , roi des arbustes à fleurs pour l’été et l’automne. A placer côté sud, ou ouest, bouturage en pleine terre fin septembre/octobre, sans protection.
etc., etc.
caducs :
Le hêtre, le charme, l’érable champêtre, font depuis longtemps des rideaux de verdure superbes et changeants. On les sème ou on les achète en pépinières forestières, mais aussi sur commande en pépinières habituelles, en jeunes plants, racines nues, pour un ou deux euros l’unité (l’if également). On plante à 80 cm/1 m, on tuteure avec un bambou de 2 mètres plus une transversale à 1,50 m.
Charme et hêtre sont dits marcescents (conservent leurs feuilles en hiver si taillés, et c’est le bourgeon printanier qui fait tomber la feuille morte). Cependant il faut savoir que le charme n’est pas marcescent chez nous, et il a tendance à roussir côté mer. En revanche, le hêtre conserve ses feuilles mortes durant la mauvaise saison, d’une fort jolie teinte chocolatée claire, qui ferait bien ressortir la texture sombre des camélias et leur floraison, ainsi que celle des autres arbustes hivernaux et du premier printemps plantés en massifs devant lui mais sans le toucher (3/4 m).
L’érable champêtre (Acer campestre) arbore une belle écorce liégeuse, une jolie petite feuille qui vire au jaune bijou avant sa chute. Par ailleurs bonne plante de “chaise longue” pour petit jardin (planter à l’est... pour laisser entrer le soleil d’hiver).
On peut aussi tenter en haie libre ou peu taillée, l’amelanchier, le Cornus mas (ou cornouiller mâle) qui observe à ses pieds, en blanc, l’hellébore de Corse (Argutifolius) et se dépêche de l’imiter, en jaune, remplaçant avantageusement l’hamamelis, en plein soleil.
Pour une haie haute, 2 m et plus, sur plusieurs dizaines de mètres, on peut essayer la version raffinée de la haie champêtre, en mêlant intimement diverses essences, hêtre, houx, charme, if et buis... sans réaliser de séquences successives de la même espèce ; plus intime sera le mélange, plus riche sera le résultat (à ne pas faire avec les arbustes à fleurs plantés serrés !)
Les espèces de ces derniers paragraphes peuvent être maintenues à 2 mètres, voire moins, ou filer beaucoup plus haut.
De nombreuses espèces ou variétés connues de vous ne sont pas citées : certaines sont dignes d’intérêt, d’autres ne valent pas grand chose pour établir des brise-vent durables. A partir du questionnaire, il vous sera plus aisé d’établir quelques critères de priorité qui vous conduiront au bon choix, du moins je l’espère.

Plantation

Le bon sens et la pratique disent de planter dans une terre bien travaillée, amendée avec du compost ou du vieux fumier, surtout si l’on installe au même emplacement, après des conifères. Evitez les granulés.
Il vaut mieux griffer la motte des plantes en pots élevées au biberon, et couper les longues racines au sécateur ou avec de bons ciseaux. Ne pas enterrer le collet et arroser sans excès, ne tassez pas avec les pieds.
Il est absolument inutile d’arroser les sujets à racines nues. S’il n’a pas plu à verse d’avril à juin, payez-leur un bon coup.
En revanche, les arbustes achetés en conteneur exigent un arrosage suivi hebdomadaire, pendant la belle saison.
Attention aussi aux plantations faites près d’un mur, l’eau y vient peu, et la terre se dessèche très vite.
Un bon paillage (6 à 10 cm) est très efficace et vous évitera de nombreux binages tout en conservant l’humidité.
Taille
Il n’y a pas de règle générale pour la taille !!!
Sauf qu’une haie stricte se taille à faces obliques, large et à la base, étroite au sommet qui peut être arrondi, c’est plus joli, et vous aurez une haie de qualité et de caractère, en bonne santé.
Sauf que si vous intervenez en période d’arrêt de sève, entre le 15 juin et le 15 juillet, autrement dit en fin de pousse printanière, vous êtes à peu près sûr de bien faire.
Sauf qu’il est également souhaitable de pincer les extrémités des jeunes pousses pour étoffer une jeune haie.
Le grand jardinier national (Michel Lis) dit qu’il est préférable de tailler cyprès et autres thuyas dans les mois en “a” (avril et août).
Une vieille haie peut se tailler sur le vieux bois à la fin de l’hiver, une face une année, et l’autre face l’année suivante (sauf les conifères, l’if excepté)
Les arbustes à fleurs exigent une taille particulière.
Bon vent !

La haie brise-vent

Recherche sur le site

Plan du site

Plan du site

Restons en contact

Inscrivez-vous à la newsletter pour être informé des dernières nouveautés du site

Contacter le webmestre

Clic, clic