Arrosoirs & sécateurs

Les plantes toxiques

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Aconit napellus
superbe floraison bleue mais extrêmement toxique

Parler de toxiques, c’est parler de poisons et d’empoisonnements : SOCRATE, la sorcellerie, les poisons de flèche, Agatha Christie, les parapluies bulgares et la ricine...

40.000 plantes, 10.000 plantes sont susceptibles d’être ingérées. 10% d’entre elles synthétisent des principes actifs et 5% sont potentiellement dangereuses pour l’homme !

La pharmacopée a su utiliser ces principes pour développer des médicaments qui ont révolutionné les moyens thérapeutiques de certaines maladies. La connaissance de ces propriétés n’est pas achevée et se poursuit.

Entre toxicité et thérapeutique, la limite est sur le fil du rasoir ! !

Le règne végétal est à l’origine de la plupart des grandes intoxications humaines : tabac, alcool, opium, cocaïne, cannabis, khat …. Ces intoxications évoluent sur un mode chronique et concernent des millions de gens.

Dans le cadre de cet exposé non exhaustif, nous ne parlerons que des risques d’intoxications aiguës liées aux plantes du jardin.

De nombreux ouvrages font un inventaire des plantes dites toxiques sans en préciser le mode d’action, la partie toxique et dans quelles conditions la toxicité se révèle.

Est TOXIQUE : toute substance capable de troubler gravement ou d’interrompre les fonctions vitales d’un organisme (LE PETIT ROBERT)

Qu’est ce qui rend une plante toxique ?


Certaines substances contenues dans cette plante ou principes actifs .
Leur quantité, c’est à dire la quantité de principes actifs absorbés. Mais la concentration varie selon la partie de la plante, la nature du sol, l’époque de récolte, le lieu géographique de récolte, l’heure de la récolte…

Comment sait-on qu’une plante est toxique ?

- La tradition :
En Bretagne, tout le monde sait que la digitale pourpre est toxique
Aux Antilles, tout le monde sait que le mancenillier est toxique
Les Bretons ne savent pas tous que le mancenillier …

- La pharmacopée :
C’est à dire la matière médicale, la connaissance des divers constituants chimiques de la plante, leur isolation, leur purification, la mise en évidence de leurs principes actifs, leur utilisation en thérapeutique humaine ou animale et la difficulté de déterminer la bonne dose

- Les animaux :
Que ferions nous sans eux ? ! le terme de cobaye est bienvenu ! Avec eux la dose s’affine, entre thérapeutique et toxicité ! ! mais ce ne sont que des animaux ….

- Les cas humains d’intoxication :
De ceux là, nous aimerions nous en passer mais ils nous enseignent ce que les animaux ne peuvent nous apprendre

Quelle est la probabilité d’intoxication ?


La fréquence de cette plante dans le milieu concerné
La ressemblance avec une plante comestible
Attire le regard, est appétissante (fruits colorés)
SOYONS VIGILANTS
Le nombre d’espèces dangereuses dans un jardin variera en fonction de la région, de sa taille, de son exposition, du sol … et des goûts du jardinier ! ! !
LA BRETAGNE est, vous le savez, une région privilégiée pour les jardiniers qui aiment y planter des espèces de toute origine !
Certaines sont endémiques et indigènes, d’autres exotiques et plus sporadiques mais aussi moins connues

COMMENT S’INTOXIQUER ?

1- Par la peau

Certaines plantes sont irritantes au toucher :

- Par la sève :
Le latex des ficus et, en particulier du figuier est utilisé pour « brûler « les verrues ; les euphorbes (l’épurge) peuvent occasionner de véritables brûlures de la cornée en cas de projection ; les clématites servaient à entretenir les écrouelles des mendiants du moyen âge !

- Par les poils :
Eleagnus, Ortie, Kiwi ( pour ceux qui les mangent avec la peau)

- Par des principes phototoxiques :
Ces principes sont des psoralènes qui augmentent la réactivité de la peau aux UVA du soleil en présence d’humidité. Tout le monde peut être concerné.
Les principales familles contenant des psoralènes sont les RUTACEES, LES UMBELLIFERAE, LES COMPOSITAE, LES RENUNCULACEAE : Heracleum mantegazzianum ou Grande berce, angélique, céleri aneth, fenouil, rhus typhina, cotinus coggyria, héliotrope, millepertuis, bouton d’or...

- Par des réactions phytoallergiques : Ces réactions ne concernent que certains individus en contact avec certaines plantes : chrysanthèmes, primevères, agrumes, bulbes de tulipes, lantana camara, rhus succedanea, radicans…

2 - Par ingestion

Troubles digestifs

Tous les végétaux peuvent entraîner des troubles digestifs en raison de la quantité de cellulose que nous ne pouvons digérer ( effet fibre). Certaines plantes sont capables d’occasionner des atteintes digestives graves pouvant nécessiter une hospitalisation :

- Ricinus communis ( le ricin)
Très belle plante en particulier dans sa variété pourpre. Le fruit est une capsule épineuse renfermant 3 graines ovales, dures et brillantes. La graine contient la ricine, hautement toxique et d’autres principes actifs.

- Daphné mezerum (Bois gentil)
Arbuste alpin dont la floraison hivernale est particulièrement remarquée et le parfum suave mais les fruits, le bois et l’écorce sont très toxiques ; les chèvres qui broutent les feuilles meurent par météorisme.

- Arum (ou Gouet)
Plante bien connue des jardiniers bretons, avec ses belles feuilles vertes, ou tachetées de blanc. Les fleurs minuscules sont portés par un spadice entouré d’un spathe plus visible. Arum italicum, creticum sont des variétés plaisantes pour le jardin. La plante est riche en cristaux d’oxalate de calcium .
A ne pas confondre avec Zantedeschia plus exotique mais de la même famille !

-  Les bulbes
Tout le monde connaît ou presque, les bulbes de tulipes, narcisses, jacinthes mais certains les ont confondus avec des oignons pour la cuisine ! !

- Spartium junceum : le genêt d’Espagne
Arbrisseau à rameaux allongés cylindriques, à la belle floraison jaune parfumée ; Spartéine et cytisine font partie des principes actifs de cette plante. La sparteine a été utilisée en thérapeutique humaine.
3 - Action cardiovasculaire

C’est à dire, pouvant entraîner des troubles du fonctionnement cardiaque
2 groupes :
- ceux ayant une toxicité avérée
- ceux ayant une toxicité théorique

Toxicité avérée

- Digitalis purpurea (Digitale pourpre)
Connue de tous dans notre région, elle pousse dans les bois clairs, sur les talus et se ressème très bien dans les jardins. C’est une bisannuelle ; ses feuilles vert gris sont regroupées en rosette d’où émerge une hampe de fleurs tubulaires aplaties rose pourpre piquetées à l’intérieur.
Toutes les parties de la plante sont dangereuses.
Les feuilles contiennent en particulier un hétéroside : la digitaline ou digitoxine utilisé en thérapeutique humaine mais les doses thérapeutiques et les doses toxiques sont très proches ! Les troubles cardiaques provoqués par une concentration de digitaline trop élevée dans le sang sont redoutables et peuvent entraîner la mort.

- Nerium oleander (le laurier rose)
Arbuste des régions méditerranéennes, aux feuilles lancéolés, étroites coriaces et vert mat, aux fleurs en cyme de couleur de plus en plus variée ! Les principes actifs sont des hétérosides proches de ceux de la digitale. Toute la plante est toxique.
Les effets cardiaques sont proches de ceux de la digitaline .

- Taxus baccata ( L’if)
Arbre à feuilles persistantes pointues vert sombre pour le type, de grande longévité souvent utilisé en haie, dioïque. Le fruit est constitué d’une arille entourant une graine ; l’arille est rouge à maturité. Le principal principe actif est la taxine de toxicité redoutable.
Toutes les parties de l’if sont toxiques sauf l’arille mais attention à la graine !
La taxine a des effets neurologiques ( convulsions...) et cardiaques pouvant être mortels !
Mais, en thérapeutique, le placlitaxel (taxol ) issu de la purification de principes actifs est utilisé dans le traitement de certains cancers du sein, de la tête et du cou.

- Aconitum napellus (Aconit napel)
Plante de la famille des renonculacées qui réunit les anémones, les hellébores mais aussi les delphiniums. Elle est remarquable par sa hampe florale et ses fleurs en forme de casque. Elle a eu des applications thérapeutiques mais a surtout été utilisée comme poison de flèche !
Sa toxicité se manifeste par des troubles neurologiques, digestifs et des troubles du rythme cardiaque, parfois mortels.

- Cytisus laburnum (la cytise)
Arbrisseau à feuilles alternes et pétiolées avec 3 folioles. Les fleurs sont en grappe jaune vif.
Toute la plante contient des principes actifs toxiques : la cytisine et l’anagynine. Le plus souvent, l’intoxication a une cause alimentaire : beignets d’accacia (robinier) avec des fleurs de cytise.

Toxicité théorique :

- Convallaria majalis (le muguet)
Contient deux principes actifs à toxicité cardiaque :la convallatoxine et convallaside dans toutes les parties de la plante. Cependant peu de cas d’intoxication grave ont été rapportés chez l’homme

- Viscum album (le gui)
L’intoxication a presque toujours lieu chez l’enfant qui mange les fruits ; en pratique, quand la quantité est faible, la toxicité cardiaque n’est pas à redouter.

- Helleborus niger
Contient un hétéroside cardiotoxique : l’helléborine.
De plus toutes les parties de la plante peuvent occasionner de sérieux troubles digestifs.

4 - Atteinte rénale

- Rheum x hybridum ( la rhubarbe)
La toxicité de la rhubarbe est liée à sa richesse en acide oxalique, que ce soit dans les pétioles ou tiges utilisés cuits en cuisine, et les feuilles non consommées ; la formation d’oxalates de calcium peut entraîner des calculs rénaux .

5 - Atteinte sanguine

- Les fèves
Chez certaines personnes atteintes d’un déficit enzymatique particulier, la consommation de fèves, en particulier crues, provoquent une destruction de globules rouges : il s’agit du favisme ; cette affection est surtout rencontrée dans les pays méditérranéens.

-  Ferula communis (la grande férule)
Plante architecturale des régions méditerranéennes, à grande ombelle jaune clair, elle a pu provoquer chez l’animal des hémorragies en raison de la présence de dérivés coumariniques, aux propriétés anticoagulantes.

6 - Atteinte cellulaire

-  Végétaux cyanogénétiques
Les amandes amères, contenus dans les noyaux de divers prunus : abricotier, amandes, pêcher, prunier, laurier cerise… sont riches en dérivés cyanogénétiques. Quand on mâche une amande amère, il y a libération d’acide cyanhydrique. Cet acide cyanhydrique va produire un blocage de la respiration cellulaire et l’intoxication.

- Colchicum autumnale (le colchique)
Fleur de l’automne ressemblant au crocus, rose violacé. Toutes les parties de la plante contiennent de la colchicine. La colchicine, bien qu’utilisée en thérapeutique est un poison cellulaire, bloquant la division cellulaire. L’intoxication par ingestion se manifeste par des troubles digestifs violents, des troubles sanguins et neurologiques. L’issue peut être dramatique.

7 - Atteinte neurologique

- Solanacées
De nombreuses plantes de la famille des solanacées ont une toxicité au niveau du cerveau qui se manifeste par des hallucinations si leurs fruits sont consommés en grande quantité pour morelle noire, douce-amère mais en faible quantité pour la belladone et sont des indésirables des jardins. Parmi les solanacées, fréquemment cultivée dans les jardins citons :

-  Les Brugmansia ou les Datura
Arbuste, vivace ou annuelle, ornementaux par leur feuillage denté voire lobé et leurs grandes fleurs en forme de trompette, souvent parfumées de couleur variée. Toutes les parties de ces plantes sont fortement toxiques.

- Papaver somniferum ( pavot à opium)
Annuelle, érigée aux feuilles oblongues bleu vert, sa tige velue porte en fin de printemps des fleurs solitaires mauves, pourpres, blanches ou rouges. Son fruit est bleuté et caractéristique en forme d’aumonière. Si on casse la tige ou la capsule, un latex exsude. C’est ce latex qui est à la base de l’opium et entraîne une somnolence.
Toutes les parties de la plante peuvent aussi provoquer de troubles digestifs par ingestion .

En pratique, la vigilance s’impose avec de jeunes enfants, même si les intoxications sérieuses ou graves restent rares.


Bibliographie :
Botanica, ed Konenann 1999
Encyclopédie universelle des 15000 plantes et fleurs de jardin
Symposium national de médecine agricole Tours 1989
Plantes des parcs et jardins : des risques pour la santé ? Pierre Delaveau, concours médical
et internet !

Catherine Cottin, le samedi 15 novembre 2003

Les plantes toxiques

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